France – Canada : Médiamétrie, Radio Numérique et Radio Payante

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Suite à la parution de l’article “Comment Médiamétrie prête l’oreille à la radio” sur Télérama, technic2radio et l’ARC ( Alliance des Radios Communautaires du Canada ) ont souhaité mettre en confrontation les différentes méthodes de mesure de l’auditoire des radios et évoquer le sujet de la radio numérique.

Avant tout, pouvez-vous présenter votre rôle et vos objectifs :

ARC : L’Alliance des radios communautaires du Canada (ARC du Canada) a été fondée en 1991. Elle découle directement de la volonté des radios communautaires francophones et acadiennes du Canada de prendre en main leur propre développement et d’assurer leur autonomie.

Notre organisme, qui est non-gouvernemental et sans but lucratif soit dit en passant, coordonne le dossier de la radiodiffusion communautaire en milieu minoritaire francophone au pays. Nous offrons à nos membres de services de consultation, de formation, de communications diverses, de liaison, mais aussi des services techniques dans tous les aspects touchant à l’implantation et à la gestion d’une radio communautaire.

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Les méthodes de mesure de l’auditoire semble différentes aux Canada, pouvez-vous expliquer comment cela se passe ?
ARC : Chez nous, contrairement à certains autres pays, la seule maison de sondage dont les acheteurs médias et les agences de publicité prennent réellement les chiffres en considération, c’est Sondages BBM, un organisme sans but lucratif, tripartite, régi par ses membres et qui a été mis sur pied en 1944.

Si les radios ont bien sûr la possibilité de payer pour des sondages avec d’autres firmes, même d’aussi connues et réputées que BBM, ils restent que ce sont les résultats de cette dernière entreprise qui servent de référence.

Les deux méthodes employées pour sonder les auditeurs sont l’audimètre portable, un appareil qu’on porte à la ceinture et qui détecte automatiquement les codes des stations, ou encore les cahiers d’écoute que complètent eux-mêmes les auditeurs.

Comment voyez-vous la méthode utilisé par Médiamétrie ( par appel téléphonique) :

ARC :  Les appels téléphoniques permettent d’entrer directement en contact avec les auditeurs. Quoique plus complexe comme méthode, ça permet de bien vérifier l’identité et la compréhension de l’auditeur, et même à la rigueur de lui fournir des compléments d’information s’il en a besoin.

Avec le cahier de sondage, on peut difficilement avoir la certitude que celui-ci sera complété correctement et on n’a pas non plus la certitude que c’est bien la personne dont le nom est sur le cahier qui l’a complété.

Le retour ne se fait pas toujours non plus dans les délais prescrits, et on sait que la répartition des cahiers dans le marché sondé n’est pas toujours fiable.

On l’a constaté il y a quatre ou cinq ans environ, quand les PPM (Portable People Meter) sont arrivés, les résultats des sondages furent alors très différents de ceux auxquels les stations avaient été habituées jusqu’à ce jour.

Des radios, qui jouissaient pourtant d’une excellente réputation et trônaient depuis longtemps en tête des sondages, ont commencé à dégringoler. D’autres, dont on avait curieusement toujours sous-estimé la portée, ont connu pour leur part des hausses aussi fulgurantes qu’inexplicables de leur auditoire, comme ça, du jour au lendemain.

Malheureusement, les cahiers de sondage sont largement répandus au pays. En fait, il n’y a que dans les grands centres urbains qu’est utilisée la méthode des PPM. Partout ailleurs, ce sont encore les cahiers que remplissent les auditeurs.

On le voit dans les calendriers BBM, la fréquence est beaucoup plus grande avec les PPM, et la publication des résultats se fait d’ailleurs bien plus rapidement. Ça permet donc aux stations de réagir plus promptement aux résultats publiés et de corriger le tir au besoin.

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Concernant la radio numérique, où en est le projet au Canada ?

ARC : C’est un dossier qui piétine. Des essais furent menés il y a plusieurs années mais sans que cela n’aille plus loin. On en est encore à voir se répandre l’utilisation du standard RDS, pourtant largement répandu en Europe. C’est tout dire.

Mais il y a plusieurs raisons pour lesquelles la radio numérique ne décolle pas au Canada.

D’abord, la faible densité de population y est pour beaucoup. Le Canada est un grand pays dont la densité de population n’est pas très forte. Un peu moins de 34 millions d’habitants pour un territoire de tout près de 10 millions de km2.

Les investissements requis pour la conversion seront dispendieux et, hormis dans les grands centres urbains, la saturation de la bande FM n’est pas encore très préoccupante, comme c’est le cas en France par exemple.

En région, les diffuseurs ne voient pas pour quelle raison ils devraient passer à la radio numérique alors qu’ils peuvent encore compter sur la bande FM, et même la bande AM qui est encore largement utilisée dans l’ouest du pays notamment.

Le problème auquel sont aussi confrontés les diffuseurs, c’est de savoir si les auditeurs achèteront des récepteurs qui ne sont pas encore commercialisés dans les magasins, soit dit en passant.

C’est un peu la question de l’œuf ou de la poule.

Lequel viendra en premier ? Les radiodiffuseurs commenceront-ils à transmettre en numérique en espérant que les consommateurs s’équiperont de récepteurs ? Ou attendront-ils que les récepteurs inondent le marché pour ensuite transmettre en mode numérique ? Actuellement, voyez-vous, personne ne veut contraindre personne.

Enfin, la proximité avec les États-Unis, et le fait que ceux-ci aient opté pour une technologie distincte de la nôtre, ça complique aussi la progression du dossier.

Les Américains ont privilégié la HD Radio, tandis qu’au Canada, on travaille depuis plusieurs années sur le déploiement de la Bande L.

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Le sujet de la radio payante fait débat en France. Qu’en est-il au Canada ? avec la fusion de Sirius et XM ?

ARC : On le constate, et plusieurs enquêtes nous le confirment, les auditeurs nord-américains sont prêts à accepter de la publicité en ondes pour bénéficier d’un service de radio gratuit.

On ne peut pas dire que l’avènement de la radio par satellite ait créé de sentiment de panique chez les radiodiffuseurs traditionnels. On n’entend pas nos membres dire qu’ils craignent la radio par satellite.

La radio est un média de proximité. Les gens aiment bien écouter leur musique préférée exempte de publicité sur une chaîne satellite, mais ils reviennent à leur station locale pour la météo, les nouvelles, les chroniques locales, même la personnalité de leurs animateurs radio préférés.

Aux États-Unis, et depuis l’an dernier seulement au Canada, il aura fallu que les deux entreprises XM et Sirius fusionnent leurs activités pour enfin dégager des profits. Sans cela, leur survie était sérieusement compromise. C’est simple, au Canada, il n’y a tout simplement pas de place pour une multitude de joueurs dans le domaine de la radio par satellite.

Si les radios locales font ce qu’elles savent faire de mieux, c’est-à-dire se rapprocher de leurs auditeurs, elles n’ont d’ailleurs pas grand’ chose à craindre de ces services-là.

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